DÉMARCHE ARTISTIQUE

Silence blanc. Une porte s’ouvre sur l’imaginaire. J’entre.

Les directions sont nombreuses sur le chemin d’une vie. À présent, j’ai choisi celle qui mène à la fabrication de la pâte à papier, de la feuille de papier, en travaillant matière et texture, pigment et minéral, ombre et lumière, mouvement et ligne.

Lorsque j’ai commencé à animer des ateliers d’écriture et de collage, la feuille de papier ordinaire est devenue un frein à mon expression. Les mots et les images ont perdu peu à peu leur quintessence pour ne laisser place qu’à une page plane et vide. Il me fallait revenir aux origines, celles de la fabrication de la feuille de papier. C’est ainsi que la pâte à papier « matière première » de la feuille « humide » a éclipsé la feuille « sèche ». En 2014, c’est auprès d’un Maître Papetier que j’apprends la fabrication occidentale du papier à la forme et que je découvre ce métier artisanal. J’affectionne particulièrement les fibres végétales, notamment celle du lin, une fibre aux qualités reconnues, qui autorise de multiples applications.

Associées à mes lectures et pratiques,  je découvre les techniques de fabrication de pâtes à papier que j’expérimente et retravaille avec ma pile hollandaise.

Les fibres s’entremêlent dans l’eau, puis se figent sur le tamis. La feuille de papier devient un univers de silence, un réceptacle. La surface de la feuille de papier humide est un espace malléable. Attentive à ce lieu d’émergence du mouvement, de l’apparition d’un pli, de la naissance d’une forme, je me laisse guider par ces hasards. Empreintes, incrustations y imposent volumes, pleins et creux.

Dans cet univers « blanc », la couleur peut s’avérer intrusive, envahissante, inadaptée, complétive, subtile, puissante, narrative… Elle devient alors colorant à ajouter dans la pâte à papier ou sur la feuille.

La fabrication du papier exige une connaissance de la matière, un travail de recherche et de maîtrise de techniques notamment pour obtenir les effets que je souhaite créer : feuilles texturées, colorées ou sculptées.

Aussi surprenant que cela soit, à l’apparition d’une ligne commence la métamorphose de la feuille avec ses premiers balbutiements évoluant vers une création, abstraite ou figurative, improvisée et étudiée. C’est alors que de papetière je deviens plasticienne.