Les arbres remarquables
Le chêne de Tronjoli, arbre fermier totem, témoin de la succession d’une trentaine de générations, pousse à côté d’une source qui a pu être l’endroit où l’on se retrouvait, où l’on causait. Un lieu où se créait du lien social. Sources
Aujourd’hui, le chêne de Tronjoly a perdu son cœur, son tronc s’est scindé en deux parties. Mais si l’une est morte, l’autre continue de produire des feuilles. En se divisant, il survit à lui-même. Et il essaime : en 2014, Mickaël Jézégou a prélevé des greffons sur le chêne de Tronjoly pour perpétuer son patrimoine génétique. Les greffes ont pris et il existe désormais un clone de notre chêne breton dans le parc de Windsor.
Situé à Bulat-Pestiven dans les Côtes d’Armor, il a été classé arbre remarquable de Bretagne en 2004. Il est l’un des plus vieux chênes d’Europe. Il possède tous les attributs d’un très vieux chêne pédonculé. On peut le traverser de part en part tant il est réduit à une série de contreforts. Les grosses branches qui furent charpentières quittent cette structure torturée à deux ou trois mètres du sol lui donnant l’aspect d’une demi-sphère bien équilibrée. Elles s’interrompent parfois rapidement, brisées et creusées par les ans. De beaux bourrelets de cicatrisation disjoignent avec vigueur les crevasses d’une écorce au tronc épais, massif mais creux.
Quel est l’âge de cet arbre ? On l’estime à 1300 ans. A ses pieds courre un gai ruisseau, affluent du Léguer. Avec 12 mètres de diamètre, il est peut-être le plus gros de tous les chênes d’Europe continentale. Vers 1750, un moine ascète en fit son ermitage et y installa sa bibliothèque. Situé à la zone de partage des eaux entre trois versants : le nord, le sud et l’ouest, site stratégique, il est très certainement lié à l’histoire des celtes d’Armorique.
Le chêne rouvre est le roi de la forêt française : le chêne sessile, dont les plus hauts atteignent 40 mètres, règne sur nos massifs. Aussi appelé « Chêne rouvre » (d’où est tiré le nom de nombreux lieux-dits), il peut vivre plus de 500 ans.
La forêt, du sol au ciel, un cycle naturel
« L’influence que la forêt exerce sur le climat, son action régulatrice sur le régime des eaux, l’obstacle qu’elle apporte aux vents et le manteau de couverture dont elle abrite le sol, lui confère un rôle important de protection contre les inondations, contre les phénomènes torrentiels, contre le départ des avalanches et contre l’envahissement des sables. Lorsque la conservation des bois est reconnue nécessaire pour l’une ou l’autre de ces raisons, le code forestier, par son article 220, permet de s’opposer aux défrichements. » Source : Technique Forestière – PH. Guinier ; A. OUDIN ; L. SCHAEFFER – 2ème édition – 1947 – Cf nouveau code forestier
L’arbre et la forêt
Un peu d’histoire, de 1945 à nos jours
À la Libération, de nombreuses lois sont promulguées : FFN (Fonds forestier national) (1946), organisation de la forêt privée (1963). En 1953, les premières réserves biologiques dirigées et intégrales sont créées, en remplacement des réserves artistiques, supprimées en 1967.
En 1960, le statut de parc national est créé. Voient alors le jour quatre premiers parcs, le parc national de la Vanoise et celui de l’île de Port-Cros en 1963, celui des Pyrénées en 1967, et celui des Cévennes en 1970. Cette même année, une mission de création est formée pour un Parc national des Écrins, sur la base de l’ancien parc de la Bérarde devenu depuis 1962 une simple forêt domaniale.
A la création de l’Office national des Forêts en 1966, Les Conservations sont renommées Directions régionales, les Inspections s’appellent Centres de gestion dirigées par un ingénieur du génie rural des Eaux et Forêts (IGREF), les Cantonnements (appelés plus tard Subdivisions puis Divisions) sont dirigées par un ingénieur des travaux des Eaux et Forêts (ITEF), les Brigades renommées Districts puis Secteurs et enfin Groupes Techniques sont sous l’autorité d’un technicien forestier et enfin les Triages sont sous la responsabilité d’un agent technique forestier. Hors la Direction générale, sur le terrain, on compte au 1er janvier 1966, 22 Directions Régionales, 119 Centres de Gestion, 286 Cantonnements, 1090 Districts et 3800 Triages.
Mais la France a changé, les forêts et les techniques aussi. La Quatrième et la Cinquième République ont vu beaucoup de textes instituant des mesures de protection de l’environnement en général et donnant encore plus de pouvoir de constatation au personnel de l’administration des Eaux & Forêts.
En 1961, Edgard Pisani est nommé ministre de l’Agriculture du gouvernement Debré puis des gouvernements Pompidou jusqu’en 1966. Par la loi « pour l’amélioration de la production et de la structure foncière des forêts françaises » du 6 août 1963, dite loi « Pisani », il sépare notamment l’’Administration des eaux et des forêts en créant l’Office national des forêts (ONF) qui va devoir s’auto-financer, essentiellement par la vente de bois et la location de lots de chasse et de pêche ; les Centres régionaux de la forêt privée (CRPF) et oblige les propriétaires forestiers privés à se doter d’un plan de gestion simplifié. Source : wikipédia.
Les bois de papeterie. Cellulose et dérivés.
Source : Technique Forestière – PH. Guinier ; A. OUDIN ; L. SCHAEFFER – 2ème édition – 1947
La cellulose est l’élément constitutif principal de tous les végétaux : bois, paille, tiges des plantes textiles, mais c’est le bois qui est la source de cellulose la plus importante. La cellulose se trouve dans le bois mêlée à différents corps peu importants et imprégnée de corps incrustants désigné sous le nom de lignine. Les bois européens de papeterie en contiennent environ 30 %. Suivant le cas, la lignine et les autres corps non cellulosiques du bois sont conservés ou éliminés, mais quel que soit le produit que l’on a en vue, la première transformation à faire subir au bois de papeterie est l’obtention d’une pâte.
Les pâtes à papier peuvent se répartir en trois groupes :
a) La pâte mécanique
où le bois est râpé sur des meules, ce qui a valu pendant longtemps au bois à papier le nom de bois de râperie. Au cours de cette opération, les constituants du bois sont broyés et les fibres se trouvent coupées. La pâte ainsi obtenue, aussi appelée pulpe de bois, est d’une qualité inférieure, son grand intérêt est son bon marché, et la possibilité de la produire dans de très petites installations.
b) La pâte mi-chimique
Pour réduire la consommation d’énergie nécessaire au râpage, on peut faire subir au bois un traitement préalable à la vapeur ou à une lessive légère de soude, de façon à la ramollir et à rendre la lignine moins résistante. La pâte ainsi obtenue est assez brune et n’est guère employée que dans les cartonneries.
c) La pâte chimique
Le bois est réduit en copeaux par une coupeuse, puis lessivé à la soude à une forte température. Les fibres ligneuses sont dissociées, débarrassées des gommes, mucilages, incrustations de lignine. Cette opération a reçu le nom de « fabrication de la cellulose ». Les papiers courants sont un mélange de pâte chimique et de pâte mécanique. Pour le papier journal, la proportion est de 75 à 80 % de pâte mécanique, et de 20 à 25 % de pâte chimique. On y ajoute 8 % de charge (kaolin, baryte).
La forêt et les peintres de Barbizon
La création de l’école Royale Forestière à Nancy en 1824 assure la formation des gestionnaires de la forêt ; l’intérêt des futaies par rapport aux taillis est reconnu dans l’enseignement qui y est dispensé. Le Code forestier de 1827 donne un cadre juridique fort à l’administration des Eaux et Forêts la chargeant de la gestion des terres et des bois du domaine public ; il renforce le pouvoir de décision des forestiers leur permettant d’essayer différentes méthodes de gestion. Le code forestier va ainsi permettre une gestion moderne des forêts.
En 1822, Corot peint « sur le motif » en forêt de Fontainebleau. Ces chênes ont d’énormes troncs, des branches tortueuses. Ils sont parfaits pour réaliser les études d’arbres ; les plus remarquables portent un nom : le Henri IV, le Sully, le Rageur, le Jupiter, le Charlemagne, …
Les artistes portraiturent les arbres.
Aux futaies succèdent les landes et les platières et notamment à proximité de Barbizon : la platière d’Apremont ; les semis de pins entrepris à partir de 1830 dans les zones rocheuses altèrent les vues. Une des particularités de la forêt de Fontainebleau est justement d’offrir des points de vue (souvent dégagés par les incendies) : point de vue du camp de Chailly, point de vue du camp d’Arbonne (Ces deux noms ont été attribué après les grandes manœuvres militaires de 1839). Cette forêt est donc légèrement différente des forêts de plaines qui manquent de perspectives.
Cette diversité de paysages est particulièrement intéressante pour les peintres paysagistes ; cet extrait du texte de Georges Lafenestre préfaçant le livre de Georges Gassies, suivi d’une strophe de la Complainte des peintres, exprime les regrets de l’artiste : « Oui, mon cher Gassies, nous la regrettons, avec vous, […]. Nous déplorons bien plus encore la multiplication désolante de ces massifs d’affreux pins, plantés par le Domaine, de ces pins uniformes, insensibles, raides, d’un vert froid et monotone, alignés comme des chiffres sur les registres administratifs, qui étouffent, désormais, sous la lourde régularité d’une couverture lucrative, l’antique chaos tumultueux des roches anarchiques dans l’ancien « Désert d’Apremont »
Deux rochers avec trois chênes,
Trois chênes avec deux rochers,
Des chênes tout bancroche, et
Des rochers qui font la chaîne.
Quels jolis horizons ont
Les peintres à Barbizon ! »
Théodore ROUSSEAU, la voix de la Forêt
Dès 1837, quelques coupes de vieux chênes sont annulées du fait des protestations des peintres et notamment celles de Théodore Rousseau.
« Une génération avant les peintres impressionnistes, Théodore Rousseau (Paris, 1812 – Barbizon, 1867) est l’un des artistes les plus controversés de son temps. Archétype de l’artiste bohème, rebelle et moderne, il est écarté du Salon, événement central de la vie artistique, par un jury académique sévère, tout en étant acclamé comme le «plus grand paysagiste d’Europe» par la critique progressiste. Il prouve à lui tout seul la vitalité de l’école du paysage au milieu du XIXe siècle, suscitant des débats féroces qui deviennent politiques et même, déjà, écologiques.
Car dans un siècle marqué par les découvertes scientifiques, la révolution industrielle et l’exode rural, le rapport de l’homme à la nature est en pleine mutation. Rousseau en est le témoin privilégié, sensible et engagé. Il cherche inlassablement à restituer sur sa toile l’harmonie qu’il éprouve dans la nature, tout à l’étude des arbres et des forêts, ainsi que de l’air et de la lumière qui y circulent. Mû par cet amour inconditionnel pour le vivant, celui qui disait entendre la voix des arbres sera l’un des premiers à élever sa propre voix pour alerter sur la fragilité de cet écosystème.
C’est pourquoi il est temps de se pencher à nouveau sur cette figure révolutionnaire et singulière, en montrant combien l’artiste mérite une place de premier plan dans l’histoire de l’art et du paysage, mais aussi à quel point son œuvre peut guider, aujourd’hui, notre relation à la nature. » La voix de la Forêt – Théodore ROUSSEAU – Petit Palais – 6 mars au 7 juillet 2024.En 1853, on réalise un premier aménagement forestier. Les forestiers concèdent quelques hectares aux peintres, mais ils s’opposent à l’intervention des artistes dans la gestion de la forêt. Après deux révisions, il faut attendre le décret du 13 avril 1861 pour que les « réserves artistiques » deviennent officielles, 1 097 hectares sont ainsi préservés et ne font l’objet d’aucune exploitation sauf pour le bois mort.
Cette première initiative de protection artistique de la forêt est renforcée par un mouvement des artistes : le comité de protection artistique de la forêt de Fontainebleau est créé par un arrêté du 21 mai 1873. Charles-François Daubigny est président honoraire et Jean-François Millet, président ; il regroupe notamment des peintres, des écrivains (Victor Hugo, George Sand, Jules Michelet, Jules Barbey d’Aurevilly), les « sylvains » : Claude-François Denecourt et Charles Colinet.
Les réserves artistiques sont étendues en 1892 et atteignent 1 616 hectares.
A partir de 1903, décision est prise de ne pas intervenir dans les réserves artistiques ; la forêt vieillit naturellement sur ces parcelles. En 1904, les réserves sont portées à 1 693 hectares (1/10e de la forêt).
L’Association des Amis de la forêt de Fontainebleau créée en 1907 émet des avis sur la gestion de la forêt ; les forestiers n’apprécient guère cette association qui s’immisce dans leur gestion. Cette même année l’exploitation des carrières de grès devient interdite. André Billy écrit dans Les Beaux jours de Barbizon : « C’est dans le petit village forestier de Barbizon qu’est née l’idée de la protection de la « Nature ».
Avec l’appui notamment de l’Association des Amis de la forêt de Fontainebleau, la protection de la forêt de Fontainebleau perdure au XXe siècle : en 1953, 411 hectares sont classés en réserves biologiques dirigées (où il peut y avoir intervention humaine) et 141 hectares en réserves intégrales (où il n’y a pas d’intervention humaine) ; les réserves artistiques sont supprimées en 1967. En 1972, les réserves biologiques sont réduites à 279 hectares et les réserves intégrales à 136 hectares. L’intérêt scientifique de ces réserves est aujourd’hui reconnu par l’Office National des Forêts et par les scientifiques.
La forêt de Fontainebleau est classée par l’UNESCO depuis 1998 « Réserve mondiale de la biosphère » et par un décret du 23 avril 2002, elle bénéficie du classement en « Forêt de Protection ».
La forêt de Fontainebleau est également le lieu de fondation en 1948 de l’UIPN (Union Internationale pour la Protection de la Nature) qui devient l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) en 1956 et qui porte aujourd’hui le nom de Union Mondiale pour la Nature. (Nouveaux chiffres depuis 1996)
Sources : https://www.musee-peintres-barbizon.fr/fr/malle-multi-sensorielle-lecole-des-beaux-arbres
Une plaque en bronze est apposée sur un rocher pour honorer les peintres Jean-François Millet et Théodore Rousseau que l’on considère souvent comme les premiers protecteurs de la nature ; cette plaque se situe à l’entrée de l’Allée aux Vaches, la continuité de la Grande rue de Barbizon en forêt de Fontainebleau. Cette plaque en bronze a été réalisée par le sculpteur Chapu ; elle représente les portraits des deux artistes.
